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http://www.eglise-reformee-car.org/edit/manifestations/manif12.htm
Soirée gospel au Forum de Lyon, halle Tony Garnier
Liz Mc.Comb
la pasionaria du gospel
Nul doute, Liz McComb a la foi. Elle a aussi du chien, sacrément.
Elle chante le gospel avec une flamme... à faire pâlir
Lucifer Ce serait une histoire de famille, raconte-t-on. Son
père, un homme du Mississippi, aurait joué la
"musique du diable" (le blues), avant de devenir
pasteur Jesus! .
Pourquoi le gospel semble-t-il avoir évolué
moins vite que le jazz, au cours du siècle ?
Les changements sont plus longs à s'opérer
parce qu'il s'agit d'une musique religieuse. Les choses ont
tout de même bien bougé, si l'on se réfère
aux débuts du gospel. Thomas A. Dorsey, auquel on doit
Precious Lord, a joué un rôle important, en intégrant
d'un côté le swing et de l'autre le blues. Les
gens d'église n'ont pas apprécié, mais
son talent s'est imposé. Blues et gospel sont, en fait,
très proches. Le premier chante les plaisirs de la
vie -charnelle, diabolisée -, tandis que le second
célèbre le Paradis. Bref, l'un dit "Jesus"
et l'autre " Baby ". Pour moi, ces styles, à
l'instar du jazz, constituent les différentes pièces
d'une même maison, les fondations remontant à
l'esclavage. Cette douloureuse époque a vu la communauté
noire se rassembler et s'organiser dans les églises.
Elles abritaient d'ailleurs aussi, dans le secret de leurs
murs, les réunions politiques. Martin Luther King est
issu de cette tradition de lutte, à laquelle je me
sens complètement appartenir. Nos ancêtres se
sont battus pour leur liberté. Je suis fibre et je
veux transmettre cet héritage si cher payé.
Quelles autres transformations ont marqué le gospel?
Edwin Hawkins a apporté une modernisation décisive
avec Oh Happy Day. À travers lui, le gospel a franchi
une étape commerciale et a touché le monde entier.
Ces derniers temps, Kirk Franklin a lancé le rap gospel.
Populaire chez les jeunes, son cocktail très dansant
ne plaît pas aux puristes... Quoi qu'il en soit, ce
jeune chanteur connaît ses racines.
Quels musiciens de jazz prolongent selon vous, d'une manière
ou d'une autre, l'esprit du gospel?
Dianne Reeves, remarquable vocaliste, n'est pas très
éloignée de la source et, en même temps,
apporte quelque chose de nouveau. Rien qu'à l'entendre,
je sais qu'elle est capable de chanter le blues. Je suis une
vraie fan! Le gospel a marqué de son sceau la plupart
des courants musicaux de ce siècle. Son lien avec le
jazz s'établit à travers la notion de spiritualité.
C'est frappant si l'on écoute des gens comme John Coltrane,
et même Miles Davis. Il y avait beaucoup de mystère
en Miles. Personne ne peut connaître la profondeur des
cicatrices intérieures d'un individu. Quand j'écoute
Miles, j'entends d'abord un être spirituel.
Vous venez de Cleveland, comme Albert Ayler, musicien singulièrement
habité par la spiritualité.
En fait, ma famille est originaire du Mississippi. Ma mère
a des racines à La Nouvelle-Orléans; le jour
où j'ai coûté la cuisine de là-bas,
je me suis dit: " Maman cuisine ça! " Je
suis une fille du Sud.
Existe-t-il, comme pour le blues, une géographie du
gospel?
Effectivement, le son varie selon les régions. Le
gospel de New York a un son spécifiquement urbain.
Les chanteurs du Sud sont plus enracinés dans le pays.
Les différences dépendent aussi des confessions
religieuses. Avant, les baptistes ne frappaient pas dans leurs
mains et ne criaient pas Leur culte avait quelque chose d'austère.
L'église méthodiste était plutôt
calme. Mahalia Jackson qui en était issue, aimait fréquenter
les rassemblements pentecôtistes. Ces derniers sont
animés d'une ferveur et d'un enthousiasme communicatifs.
On y joue des percussions, de l'orgue des instruments à
vent... On fait du bruit! Cette expressivité extravertie
s'est répandue dans les autres communautés.
À La Nouvelle-Orléans, les catholiques noirs
chantent comme dans n'importe quelle autre église.
A quelle confession appartenez-vous?
À l'église pentecôtiste, où l'on
jouait de la guitare et l'on mélangeait blues et gospel,
même si cela n'était pas du goût de tout
le monde. Le! gens jouaient simplement ce qu'ils ressentaient.
En France, se forment de plus en plus de groupes vocaux issus
de la communauté antillaise Quels conseils leur donneriez-vous?
Je suis allée à certains des offices pratiqués
par la communauté noire de France. J'ai apprécié
le groupe vocal Sweetness, que j'ai entendu en première
partie de Tramaine Hawkins. Je pense que ceux qui veulent
se consacrer au chant doivent intégrer la musique dans
laquelle ils ont grandi Si j'étais antillaise, je chanterais
le gospel et créole. Es peuvent s'enrichir d'éléments
propre, à d'autres cultures, mais surtout ne pas avoir
honte de leur spécificité créole. Être
authentique est fondamental, pour un artiste. La vérité
ne supporte pas d'être copiée.
Pourquoi avoir choisi de vous établir en France ?
C'est difficile à expliquer. Il y a quelque chose
de spécial ici, dans l'air, dans la terre. Peut-être
cela vient-il du rythme moins speed qu'aux États Unis,
de cet art de vivre, propice à la créativité.
1 y a des mélanges culturels étonnants, ici.
On a 1, droit d'exister, de dire ce qu'on pense. La France
est ma famille d'adoption.
Ne risquez-vous pas de vous couper de vos racines?
Non. Mes racines sont en moi, je veille à les cultiver.
Je fais venir ma famille ici chaque fois que je le peux. Je
ressens la nécessité de tous le
réunir de temps en temps, pour partager un repas,
parler... C'est important, même si on n'a pas tous les
mêmes idées. Être d'accord sur le fait
de ne pas être toujours d'accord. Vous, les Français,
connaissez cela. C'est ce que j'aime chez vous.
Avez-vous chanté au sein d'ensembles vocaux, dans
votre jeunesse ?
J'ai participé à tous les churs de mon
quartier. J'ai appris comme cela. C'est la meilleure école.
Avec ma famille, mes surs notamment, on formait un chur.
Nous continuons de temps en temps. J'adore quand ma famille
vient chanter avec moi sur scène, comme cela arrive
à certains concerts.
Quels chanteurs et chanteuses actuels appréciez-vous
particulièrement?
La liste est longue! J'aime bien Céline Dion. Elle
pourrait chanter du gospel, car elle a des tripes. J'adore
Édith Piaf. Je sens en elle quelque chose de commun
avec Billie Holiday, comme un feeling bluesy. La première
fois que j'ai entendu un disque d'elle, j'ai eu la chair de
poule. Bien sûr, j'aime les grandes dames du jazz et
du blues. Ella Fitzgerald. Billie Holiday. Koko Taylor, Aretha
Franklin... La musique africaine - Miriam Makeba, Mory Kante,
etc. - me touche également beaucoup.
Il est question que vous fassiez un concert à but
non lucratif, dans la période de Noël. Pour quelle
cause?
Il ne s'agit, pour l'instant, que d'un projet. J'aimerais
que l'idée se concrétise. Jouer pour les personnes
en difficulté, pas seulement pour les sans logis, mais
aussi pour ceux qui travaillent et qui ont du mal à
s'en sortir, pour ceux qui avaient un boulot et qui l'ont
perdu. Je me sens concernée par toutes ces personnes
qui affrontent un quotidien douloureux et qui, par fierté,
ne vont pas raconter qu'ils ont du mal à joindre les
deux bouts pour faire vivre et éduquer leurs enfants.
Je connais ce sens de la dignité qui vous conduit à
souffrir en secret.
Vous avez pris part à des concerts de soutien à
Mumia Abu Jamal, à Amnesty International, etc. Vous
vous êtes produite à la prison de Fleury-Mérogis...
Que représentent ces actions pour vous ?
Je ne peux accepter de ne chanter que pour l'argent. Offrir
un concert, c'est tout simplement rendre à la communauté
dans laquelle vous vivez ce qu'elle vous apporte d'une manière
ou d'une autre. Je n'ai rien d'une sainte. Je dis seulement
qu'un artiste ne peut pas se permettre de se nourrir de ce
qui l'entoure sans le restituer, à certaines occasions,
de façon directe aux gens. J'ai eu une grande émotion
à jouer à Fleury-Mérogis. Je ne m'octroie
pas le droit de juger ceux pour lesquels je chante.
A ce propos, suite à la conquête de municipalités
par le Front national, des débats ont eu lieu chez
les intellectuels et les artistes, qui ont abouti à
la décision de boycotter, non pas les individus et
les associations résidant dans ces villes, mais toute
proposition émanant directement de la me rie. Il semblerait
que, cette année, vous avez accepté d'être
rémunérée par la mairie d'Orange pour
un récital. Etes-vous en désaccord avec cette
idée de boycott?
Je suis allée chanter là-bas strictement pour
le public. J'y ai des amis de longue date, qui m'ont soutenue
quand personne ne me connaissait. Je n'ai pas pensé
à la mairie. Comme je le disais, je ne juge pas ceux
pour lesquels je chante. C'est ce que j'ai appris dans mon
église. Je compare l'artiste à un médecin.
Ce dernier n'a pas le droit de refuser de soigner une personne,
que celle-ci ait volé ou violé, qu'elle soit
de gauche ou de droite, noire, blanche ou verte. Je veux dire
à M. Le Pen: " Vous avez besoin de connaître
l'amour de Dieu; si vous acceptiez véritablement cet
amour, votre vie se serait sacrément transformée
et vous ne trouveriez pas que les gens différents de
vous sont mauvais ". Là, je tiens à préciser
que je ne parle pas de religion, mais d'amour de Dieu. Il
n'y a aucune ambiguïté pour moi: je suis en total
désaccord avec les thèses xénophobes
prônées par le Front national. Je présente
mes excuses à tous ceux que j'ai pu peiner ou choquer
en acceptant la proposition de la Ville d'Orange. C'est le
plus sincèrement du monde que. à travers la
musique, je donne l'amour partout où j'ai le sentiment
que c'est nécessaire. J'ai eu un cancer. Les médecins
ne me donnaient que quelques années à vivre.
J'ai été guérie. Cette expérience
spirituelle m'a amenée à ne pas juger autrui
et à ne pas oublier que tout être a droit à
une seconde chance.
Propos recueillis et traduits par Fara C. et Alex Dutilh
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